« Une vraie femme, c’est toujours Médée »

« Une vraie femme, c’est toujours Médée[1] »

Texte présenté lors de la séance de l’Atelier de lecture de l’ACF à la Réunion- Avril 2021

C’est à la fin de son texte « Mèrefemme[2] » que Jacques-Alain Miller fait référence à la figure de Médée. Il dit ceci : « […] Médée, c’est le mémento qu’il faut pour faire se souvenir à l’homme endormi […] que la féminité ne s’éteint pas dans la maternité. Ce pauvre con de Jason croyait que sa femme l’aimait comme une mère ![3]»

C’est en prenant pour exemple cette figure de la mythologie grecque qu’il va écrire dans « Médée à mi-dire », cette phrase : « Une vraie femme, c’est toujours Médée ».  C’est Lacan qui, le premier, introduit cette notion de « vraie femme[4] ».

Mais alors, qu’est-ce qu’une « vraie femme » ? D’un point de vue analytique, nous dit J.-A. Miller, « une vraie femme n’est pas la mère[5] ».

Soit ! La mère c’est celle qui a, c’est l’Autre de la demande, c’est l’abondance. En revanche, une « vraie femme », telle que Lacan en fait miroiter l’existence éventuelle, c’est celle qui n’a pas, c’est l’Autre du désir, c’est celle qui, « de ce « n’avoir pas », fait quelque chose[6] ».

Alors en quoi Médée illustrerait-elle « une vraie femme » ?

 Le mythe de Médée, version courte !

Médée est la fille du roi de Colchidie qui détient la Toison d’Or. Elle est donc à la fois d’ascendance royale mais possède également de nombreux pouvoirs magiques qui font d’elle en quelque sorte une sorcière.

Lors de la venue des Argonautes en Colchidie, qui sont à la recherche de la Toison d’Or, elle tombe éperdument amoureuse de Jason. On parlerait aujourd’hui de coup de foudre : elle le voit, elle l’aime et elle le veut ! Médée, par amour pour Jason, est alors prête à tout pour l’aider dans cette conquête, quitte à trahir son père. Une fois la Toison d’or en leur possession, Médée s’enfuit alors avec Jason, non sans assassiner et dépecer au passage son propre frère !

Revenus en Thessalie, le roi Pélias refuse le trône à Jason malgré sa réussite dans la quête de la Toison d’Or. Usant de ses pouvoirs magiques, Médée parviendra à le faire assassiner puis manger par ses propres filles !

Médée et Jason se réfugient ensuite à Corinthe où ils auront deux enfants. Au bout de quelques années, Jason répudie Médée pour épouser Glaucé, la fille du roi.

 Comment Médée réagit à ce laisser-tomber de Jason ?

Médée aurait pu tuer Jason, ce qu’il redoute quand il s’aperçoit que Médée est passablement contrariée qu’il l’ait trompée. Or ce n’est pas ce qu’elle va faire. Elle va opérer autrement : elle va sacrifier, tuer les deux enfants qu’elle a eus de Jason.

En agissant ainsi, elle s’en prend à ce qu’il a de plus précieux, sa descendance en tant que ses enfants l’inscrivent dans la chaîne symbolique de la filiation, de la transmission à partir du nom. Est-ce qu’on peut dire que quand Médée tue ses enfants, ce n’est pas l’acte de la mère ? Car ses enfants elle les aime, « […] mais pas au prix de consentir à n’être que leur mère, déchue de la place qu’elle tenait du désir de l’homme qui est le sien. L’acte féminin […] est d’arracher le plus précieux, l’agalma[7]. »

Par vengeance, Médée vient ébranler le nom de Jason, ce qui pourrait lui succéder, en quelque sorte son avenir. D’ailleurs, elle ne s’arrête pas là : elle tue aussi l’amante de Jason, le privant encore de toute descendance possible. J.-A. Miller le formule ainsi : « Du même coup, elle frappe l’homme dans sa béance. Son acte, en effet, n’est pas le soin ; son acte n’est pas de nourrir l’homme, ni de le protéger, c’est de le frapper ; sa menace, de pouvoir toujours le faire[8]

Et Médée ne s’arrête pas là !

D’abord quand Jason lui demande de lui rendre les corps de ses enfants pour les enterrer, elle refuse et les emmène avec elle sur un char, le privant ainsi de sépulture où son nom aurait pu figurer. Ensuite, en tuant l’amante de Jason, le privant ainsi de la possibilité qu’elle lui donne des enfants à son tour.

Donc, certes elle lui laisse la vie sauve mais lui « pourrit » son avenir. Chez Médée, on peut dire que la vengeance se situe sur le versant de la haine (envers de l’amour) et vise le sujet et pas la personne.

 Médée : logique du tout versus logique du pas tout ?

On peut dire qu’en tant que mère, Médée répond à la logique phallique : elle donne des enfants à Jason, il est père, elle est mère, c’est la logique de la descendance, de la succession, de la filiation. C’est une logique du tout.

Mais ce qu’on constate, c’est que bien qu’elle semble prise dans cette logique phallique, elle ne recule pas à sacrifier « ses objets phalliques[9] », ses enfants, ce qui la faisait mère donc, quand Jason la « laisse tomber ». Une fois la « mère drainée », il semble qu’il reste une femme, une femme certes haineuse dans le cas de Médée !

« Une vraie femme », dit J.-A. Miller, « c’est le sujet quand il n’a rien – rien à perdre. Une vraie femme, à la mode de Lacan, ne recule devant rien, devant aucun sacrifice, quand le plus précieux est en jeu – devant rien, là où l’homme, obnubilé, empêtré par ce que lui a à perdre, ne s’avance pas, détourne le regard, passe à autre chose. Et c’est ce qui faisait dire à Freud : les femmes n’ont pas de surmoi[10]. »

Il semble que pour Médée, comme le dit J.-A. Miller, « les enfants n’aient pas si bien leurré en elle le désir d’être le phallus[11] ».

Donc, au sein d’une même femme, Médée, apparaît « […] un fonctionnement qui dissocie une logique universaliste qui l’inscrit dans le registre des lois humaines (celles du père et de la transmission), et une logique d’un autre ordre, qui, dans cet exemple-là, est à la fois la logique de l’amour et de la haine – l’amour versus la haine[12]. » C’est parce qu’elle aime Jason qu’elle agit ainsi, c’est donc une logique de l’amour, une logique du registre du pas-tout, qui signe l’absence d’universalité du féminin.

 Pour conclure

Je reprendrai les propos de J.-A. Miller : « Médée ne voulait pas être mère sans être en même temps l’Autre femme. Il peut arriver qu’une maternité éteigne chez une femme la féminité. Cela se rencontre. Mais que la mère reste toujours femme, un homme ne l’oublie qu’à ses risques et périls[13]. »

[1] Miller J.-A., « Médée à mi-dire », La Cause du désir, n°89, 2015, pp. 113-114.

[2] Miller J.-A., « Mèrefemme », La Cause du désir, n°89, 2015, pp. 115-122.

[3] Ibid., p. 122.

[4] Jacques Lacan emploie cette expression à la page 761 de « Jeunesse de Gide, ou la lettre et le désir » (Écrits, Paris, Seuil, 1966).

[5] Miller J.-A., « Médée à mi-dire », La Cause du désir, n°89, 2015, p. 113.

[6] Miller J.-A., « Médée à mi-dire », La Cause du désir, n°89, 2015, p. 113.

[7] Miller J.-A., « Médée à mi-dire », La Cause du désir, n°89, 2015, p. 114.

[8] Ibid.

[9] Brousse M.-H., « Qu’est-ce qu’une femme ? », Le Pont freudien, conférence prononcée au Canada en avril 2000, disponible sur internet.

[10] Miller J.-A., « Médée à mi-dire », La Cause du désir, n°89, 2015, p. 114.

[11] Miller J.-A., « Mèrefemme », La Cause du désir, n°89, 2015, p. 122.

[12] Brousse M.-H., « Qu’est-ce qu’une femme ? », Le Pont freudien, conférence prononcée au Canada en avril 2000, disponible sur internet.

[13] Miller J.-A., « Mèrefemme », La Cause du désir, n°89, 2015, p. 122.




« Ça commence par c’est… »

Ça commence par c’est…

Atelier de lecture avec Claudine Valette-Damase – Juin 2021

Nous sommes coupés de notre corps instinctuel du fait du langage. Nous l’avions abordé dans le premier atelier de lecture à propos de l’instinct maternel qu’il n’y a pas.

Dès la naissance et en anténatal, l’enfant est vu à partir du sexe anatomique. Ça commence par un : c’est un garçon, c’est une fille. « Lorsque l’enfant paraît, la langue opère une coupure avec l’anatomie » souligne Claudine Valette Damase dans un article « C’est une fille[1] », écrit à propos du livre Fille[2] de Camille Laurens. « Des paroles qui percutent[3] », nous dit-elle. Puis elle ajoute : « être fille ou être garçon ne va pas de soi, c’est une question à laquelle chaque génération répond à sa façon[4]».

Le roman autobiographique de Camille Laurens dans lequel quatre générations de femme se succèdent, se passe dans les années 60, dans une famille où, tous, attendent un garçon.

La nomination par l’Autre est prise dans son désir : à l’annonce de son sexe anatomique, la mère pense « c’est raté » et le champagne n’est pas sorti. Le père, lui, ne se souvient plus du prénom pour la déclaration de naissance à la mairie et finalement, il la prénomme Laurence en hommage à Laurence Oliver. L’auteure voit dans l’étymologie latine de son prénom, laurus, laurier, un insigne que son père ajoute pour conjurer la « née-sans ». Puis, en se choisissant « Barraqué » comme patronyme dans son roman, elle redouble la masculinité désirée. La grand-mère, quant à elle, apprend par le prénom l’arrivée de sa petite fille et associe immédiatement Laurence à « l’eau rance » !

La question du corps sexué ne se résout pas par la nomination : « La difficulté du corps se rencontre comme corps image, biologique, anatomique et un corps que l’on éprouve et l’éprouvé du corps se fait à partir du langage[5] », nous rappelle Bénédicte Jullien. Lacan indique « L’être sexué ne s’autorise que de lui-même… et de quelques autres[6] ». Cela évoque ce qu’il a écrit deux ans plutôt à propos du psychanalyste.

La question, celle de l’être sexué, « qui s’autorise de lui-même », se pose pour chacun ; le sexuel du corps ne dit rien du genre, ce que le « questionnement trans » met en évidence car il ne s’agit pas uniquement d’un questionnement qui concerne les trans. Pour chacun, il peut y avoir quelque fois un écart entre la nomination, l’identification et l’éprouvé du corps. « S’autoriser de soi-même » veut dire qu’il n’y a pas de garantie, pas de garantie de soi-même par un Autre ; ainsi chacun a à inventer sa façon d’être un homme ou une femme…. et « de quelques autres » signifie dans le lien social.

L’éprouver, éprouver son corps, serait le rapport que chacun, chaque LOM, a à son mode de jouir ?

Dans le livre « Fille », comment qualifier l’usage que Laurence a de ce signifiant « fille » ? Signe du désir de l’Autre, chemin où « surgit une pierre de parole qui tient au sexe[7] » ?

Au fur et à mesure du travail d’écriture, ce signifiant qu’elle fait se dégonfler, se décale. Elle entend les paroles de sa fille « c’est merveilleux une fille[8] ». Le merveilleux n’est pas parce que c’est merveilleux, pris du côté du sens, mais parce que ça met un écart entre c’est et une fille.

Ça commence par c’est…Quelque chose de nouveau commence alors pour elle.

Un garçon, une fille c’est aussi l’universel, la norme mâle.

[1] Valette-Damase C., « C’est une fille », in Le zappeur, newsletter du blog des 6èmes journées de l’Institut Psychanalytique de l’Enfant, « La sexuation de l’enfant », mars 2021.

[2] Laurence C., Fille, Paris, Editions Gallimard, 2020.

[3] Valette-Damase C., « C’est une fille », in Le zappeur, Institut Psychanalytique de l’Enfant, la sexuation de l’enfant, mars 2021

[4] Ibid.

[5] Jullien B., « Le transgenre : entre fluidité et binarisme », Lacan Web Télévision, 2021.

[6] Lacan, J., Le Séminaire, livre XXI, Les non-dupes errent, leçon du 9 avril 1974, inédit.

[7] Miller J.-A, L’os d’une cure, Paris, Navarin Éditeur, 2018, p. 20.

[8] Laurence C., Fille, Paris, Editions Gallimard, 2020, p ?




Soirée conte et conversation – Vendredi 5 novembre-A partir de 18h30 à l’hôtel Alamanda

L’ACF à la Réunion organise une soirée conte et conversation, en direction des 51ièmes journées de l’ECF sur la « Norme mâle », qui se déroulera avec la conteuse Léa Varon le :

Vendredi 5 novembre 2021 à partir de 18h30

Hôtel Alamanda – St Gilles les bains

Découvrez vite l’argument de cette soirée en cliquant ICI.

Entrée libre et gratuite, sur inscription et dans le respect des règles sanitaires en vigueur liées à la Covid 19.

Nous vous attendons nombreux!

Bien à vous,

Pour l’équipe du site,

Michèle Chalmin-Joufflineau

 




« Institution et clinique du vieillir : une éthique du sujet »

« Institution et clinique du vieillir : une éthique du sujet »*

En juin dernier, les Journées de notre ACF accueillaient – par zoom ! – Claudine Valette-Damase, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, sous le thème : « Pas d’âge pour le désir ! » Une matinée de travail a été consacrée à la clinique du vieillir, un thème cher à notre invitée notamment au travers du réseau des CÉRÂS[1].

Comment se débrouiller dans les institutions accueillant des personnes dites « âgées et dépendantes » pour faire valoir quelque chose d’une éthique du sujet ?

Notre invitée en fait un enjeu car seule cette éthique « permet de se confronter au pire, de supporter ce que personne ne supporte. Et de fait ainsi nous sommes efficaces dans l’humanisation de ces lieux qui sont avant tout de ségrégation ».

Au cours de cette matinée, nous avons entendu différentes modalités de travail au sein de ces institutions. Chacune met en lumière comment une clinique orientée par la psychanalyse lacanienne permet la prise de parole de l’être parlant, au-delà de la question du vieillissement.

Subvertissant un dispositif d’« éducation thérapeutique », une collègue ergothérapeute témoigne de son accompagnement d’un résident particulièrement désarrimé de l’Autre. Lui porter de l’attention, mais pas trop, a permis un nouveau lien social et une certaine relance du désir pour ce monsieur. En faisant avec sa singularité, elle s’est laissée enseigner par lui. Ce travail indique aussi comment il est important dans ces institutions de savoir manier le transfert au point de permettre qu’il se pluralise.

Claudine Valette-Damase a choisi de nous parler d’une expérience de « groupe de parole » dans un EHPAD. Ce dispositif, créé à partir du discours analytique, va permettre une expérience inédite de la parole. Inédite parce que celle-ci s’adresse à une psychanalyste qui s’offre à « incarner le lieu et le lien, sans place ni statut préalablement définis ». Ainsi peut se dire la « différence radicale entre les sujets ». Inédite encore car « la parole en psychanalyse décomplète, vient faire coupure avec le discours courant ».

Pour finir, notre deuxième collègue, psychologue, nous indique comment on peut se saisir de ce qui ne va pas dans l’institution pour inventer quelque chose. Cela part du cas singulier de Mme D. qui fait symptôme dans l’institution. Les soignants sont divisés par ce qui se joue autour de cette dame et demandent à pouvoir « en parler ». La psychologue proposera la création d’un groupe de « réflexion éthique », ayant perçu que ce syntagme serait plus opérant dans cette institution que celui de « groupe de parole » ou de « supervision ».

« L’être parlant apprend-il à vieillir ? à vivre ? à mourir ? Y a-t-il des méthodes pour cela ? » questionne C. Valette-Damase au cours de son intervention. « Certains le pensent et mettent en œuvre des programmes à appliquer. La psychanalyse parie, elle, sur la parole […] avec comme seul moteur le désir »

 

* Journées de l’ACF à la Réunion avec Claudine Valette-Damase, échos de la matinée du 18 juin 2021.

[1] Centres d’Études et de Recherches sur l’Âge et le Sujet : réseau de professionnels en métropole et à la Réunion, construit à l’initiative de Michel Grollier et de notre invitée, qui se déploie en référence à la psychanalyse d’orientation lacanienne.




« En quoi enseigner c’est être en position d’analysant? »

« En quoi enseigner, c’est être en position d’analysant ? »

ACF- Journées avec B. JULLIEN, Aout 2021

Lacan dit : « Quelque chose auquel on ne comprend rien, c’est tout l’espoir, c’est le signe qu’on est affecté. Heureusement qu’on n’a rien compris, parce qu’on ne peut jamais comprendre que ce qu’on a déjà dans la tête ». [1]

L’enseignement selon Lacan c’est le savoir acquis de la psychanalyse. L’enseignement de la psychanalyse n’est pas l’enseignement universitaire. En effet, il suppose de se laisser bousculer dans ses certitudes et de la rencontre avec le texte ou l’orateur accepter qu’émerge une autre question, une équivoque, un manque. N’est-ce pas cela la position de l’analysant ?

Quelle idée me traverse lorsque « j’enseigne » et que « je » suis enseignée ? qu’est ce qui me conduit en cartel ? que se passe-t-il lorsque j’écoute un témoignage de patient ou de passe ? une conférence ? ou encore lorsque je lis Lacan. Ce sont autant d’interrogations que cette question à l’Ecole a suscitées.

Enseigner et être enseigné semblent indissociables ; il s’agit d’exprimer quelque chose du désir de celui qui enseigne mais également de celui en position d’être enseigné.

Dans l’enseignement, il y aurait l’expression d’un désir de savoir qui donnerait l’illusion de pouvoir s’affranchir du désir de l’autre.

Pierre NAVEAU sur la position subjective de l’enseignant disait, dans son texte « Le risque d’enseigner » : « il faut y croire, à coup sûr, mais il est impossible de s’y croire »[2], s’inspirant ainsi de ce que disait Lacan dans son « Allocution sur l’enseignement » : « à s’offrir à l’enseignement, le discours psychanalytique amène le psychanalyste à la position du psychanalysant »[3]. Il n’y a donc pas d’enseignement de la psychanalyse sans transfert.

L’analysant est en posture d’analyser quelque chose de son désir et de son savoir sur lui-même et d’en dire quelque chose à l’analyste. Connaissance sur soi dont l’analysant fait un savoir dont il peut disposer pour en transmettre une parole à l’autre.

Ce qui s’enseigne c’est de l’inconscient, le reste c’est de l’information, du redit. Peut-on parler « d’effet d’enseignement » comme d’un effet de la cure ?

B.JULLIEN[4] dans son texte sur le cartel dit:  « […]En essayant de répondre à ce qui fait énigme pour eux, j’entends dans ma formulation de nouvelles pistes de compréhension, un peu comme dans la position de l’analysant, lorsqu’on aperçoit, dans ce qu’on dit en séance, une équivoque, un autre sens, un oubli, un mot qui manque… ».

Enfin l’enseignement c’est également une question de rencontre. De cette rencontre chaque partie s’enseigne. Il n’y a pas d’enseignement unilatéral mais un double-enseignement qui ne peut émerger que de la rencontre avec l’autre. N’est-ce pas là la question du transfert ?

 

[1] Jacques LACAN, le séminaire livre XI, « Les 4 concepts fondamentaux de la psychanalyse » Paris, seuil 1973, pages 214-215

[2] Pierre NAVEAU, Extrait du texte « le risque d’enseigner » initialement paru dans MILLER J-A. ss dir. Qui sont vos psychanalystes ? Paris, seuil, 2002, page 41- 420

[3] Jacques LACAN « Allocution sur l’enseignement » dans Autres écrits, Paris, seuil, 2001, page 304

[4] Bénédicte JULLIEN, Cartelo N° 19 décembre 2017, Le cartel : s’enseigner de ceux qui nous affectent.

 




Écho des journées avec Bénédicte Jullien

 « Vouloir ou désirer : l’énigme du mâle-entendu » : Écho des journées d’étude théoriques et cliniques de l’ACF à la Réunion, avec Bénédicte Jullien,  les 26 et 27 Août 2021 :

Les journées d’étude avec Bénédicte Jullien ont été un temps fort de mise au travail à la Réunion autour du thème des J 51, « La norme mâle ».

A travers les différentes séquences et en particulier dans sa conférence intitulée « Entre volonté et désir, le phallus », Bénédicte  Jullien nous a proposé un parcours très précis sur le concept de phallus chez Freud et Lacan, éclairant d’un jour nouveau  notre thème de l’année « Vouloir ou désirer ? » et mettant en évidence sa valeur opératoire, entre désir et jouissance.

Si, comme elle le formule de façon très percutante « le phallus est cette faille, ce trou dans la Bedeutung, c’est-à-dire l’incapacité de toute signification à recouvrir ce qu’il en est du sexe….semblant qui montre un blanc dans le sens, sens blanc »[1], vouloir s’en passer n’éliminera pas ce dérangement dans le sexuel pour l’être parlant et ne dispensera pas de la limite qu’implique de s’inscrire dans un discours.

Tous « aphligés »[2] du langage, n’est-ce pas cela qui est refusé dans les revendications actuelles féministes et LGBT+ ?

 

[1] Propos prononcés lors de la conférence de Bénédicte Jullien à l’ACF à la Réunion,26-08-21

[2] ibid




Atelier LATULU : vendredi 8 octobre 2021-18h30 à 21h à St Gilles les bains

Chers participants,

C’est en direction des prochaines journées de l’ECF, « La norme mâle », que se déroulera le prochain atelier LATULU le vendredi 8 octobre 2021, de 18h30 à 21h, 23 rue de la plage, à St Gilles les bains.

La période estivale (ou d’hiver austral, selon !) a peut-être été pour vous l’occasion de vous adonner à la lecture, de découvrir les nombreux articles, revues ou ouvrages de notre champ parus à ce sujet.

Qu’ils aient fait butée ou éclairé un point théorique ou clinique, venez partager vos coups de cœur du moment ! Afin de préparer au mieux ce temps d’échanges, vous pouvez d’ores et déjà nous adresser un texte d’une page maxi.

Cette soirée sera également l’occasion d’un temps « portes ouvertes » de la bibliothèque.

D’ici quelques jours, nous vous tiendrons informés de la suite du programme !

Bien à vous,

Les responsables de l’atelier LATULU, Michèle Chalmin et Catherine Soares

La responsable de la bibliothèque, Perrine Dauny

Contacts :  michele.chalmin@wanadoo.fr ou catherinesoares104@hotmail.com




Les grandes assises virtuelles internationales de l’AMP : « La femme n’existe pas » – Paris 2022

En 2022 se dérouleront les Grandes Assises Virtuelles Internationales de l’Association Mondiale de Psychanalyse, par visioconférence.

Vous pouvez d’ores et déjà découvrir l’argument de ces journées en cliquant ICI et visionner la vidéo de Christiane Alberti, Directrice de ces Assises en cliquant sur le lien suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=84y7HZTWIxMl’AMP

Retrouvez toute l’actualité de ces assises sur www.grandesassisesamp2022.com




Traverser les murs : la folie, de la psychiatrie à la psychanalyse-Francesca Biagi-Chai

Présentation :

La folie, de la psychiatrie à la psychanalyse Psychanalyste, psychiatre, membre de l’École de la cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, Francesca Biagi-Chai a été responsable de service en hôpital psychiatrique durant de très nombreuses années. L’ouvrage est conçu sous forme d’interviews menées par deux psychologues. De multiples questions sont soulevées. Comment comprendre aujourd’hui l’institution psychiatrique ? Quelle est la fonction d’une telle institution pour le patient ? Quelle est actuellement la conception de la psychose ? De quelle manière évoluent les soins en psychiatrie ? Et quelle place tient la psychanalyse dans tout cela ? Construisant sa pratique autour de ces diverses interrogations, Francesca Biagi-Chai apporte ici de précieuses réponses, non seulement à travers les très nombreux cas cliniques évoqués tout au long de l’ouvrage, mais aussi en expliquant comment fonctionne l’ » hospitalisation de jour « , qu’elle a créée pour offrir aux patients un  » au-delà des murs « .

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Contrer l’universel : « L’étourdit » de Lacan à la lettre – Philippe La Sagna et Rodolphe Adam

Présentation

Quel est le lien de la psychanalyse avec le réel ?

Jacques Lacan a fait de cette question l’enjeu des dernières années de son enseignement.

En 1973, il publie « L’étourdit », texte extraordinaire et méconnu, au style inouï, condensé maximum des avancées essentielles de sa recherche. Renouvelant l’ambition freudienne, Lacan dialogue avec l’ensemble des savoirs humains. Avec Freud aussi, et avec lui-même.

Une thèse centrale s’y déplie. À partir de la différence du dire, qui touche au réel, et du dit, Lacan montre que le dire de Freud est : il n’y a pas de rapport sexuel. De là, la différence des hommes et des femmes et les raisons de leur discorde, sont entièrement à repenser. « L’étourdit » constitue aussi une réflexion parfaitement novatrice sur la question de l’universel. Celle-ci se pose, côté masculin, sur l’exception d’un père originaire, selon l’idée de Freud. Fondant la loi, il y échappe et évite le sort commun des hommes : la castration. Les femmes, elles, chacune « pastoute », objectent à l’universel parce que « la » femme n’existe pas.

« L’étourdit » est aussi l’unique texte où Lacan expose de manière achevée sa topologie de la cure analytique. Tentative d’articulation au plus près de l’expérience en interrogeant la logique depuis les mathématiques, elle permet de résoudre les embarras du sens et de la signification et d’éclairer la pratique. Une théorie de l’interprétation visant l’équivoque et la cause du désir, en découle. À en suivre ici la reconstruction pas à pas, l’analyste pourra ainsi se rompre au maniement de la coupure pour ses effets de transformations subjectives.

Écrit à plusieurs mains à partir d’une lecture de quelques années, Contrer l’universel relève le pari d’un commentaire ligne à ligne de « L’étourdit » afin de rendre compte du trésor infini qu’il recèle pour penser l’expérience psychanalytique mais aussi les bouleversements de notre siècle.

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