Séminaire d’entretien sur les pratiques


 

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Ces entretiens supposent  une  importante  participation   de   tous  ceux  qui  y assistent. Qu’elles  soient   psychothérapiques,  médicales,   infirmières,  éducatives  ou  sociales,  toutes  les pratiques  que  les  participants  acceptent  de  soumettre  à   la  discussion   par  les  moyens de l’exposé sont convoquées. La formule repose sur  l’exposé  d’un cas  suivi d’une discussion au sein du groupe. Le  récit  du cas  répondra   moins  à  l’exigence   habituelle  de la biographie et de l’histoire qu’à celles des repères de la structure à l’épreuve de « l’impossible à supporter » de la clinique, dans  la perspective de  la  transmission des réponses  que le sujet y apporte.

Deux exemples de vignettes cliniques pour illustrer notre propos.

Première vignette
Antoine Houën déploie très finement la relation d’un père avec son fils qui vient dans un lieu d’accueil parents-enfants. Comment le travail de l’équipe, peut amener ce père à baliser un peu sa paternité qui est très invasif dans les jeux et toute activité de son enfant. Lorsqu’il est sur le lieu, Youri fait preuve d’une grande rigueur quant aux gestes et aux mots relatifs à la politesse. Il peut passer tout un accueil à côté de son fils, lui proposant divers jeux ou activités. Par moment, il saisit la main d’Ousman et effectue le geste adéquat pour l’une ou l’autre activité ludique en verbalisant des suites de mots exemptes de construction lexicale telles que : « Ousman avancer cheval ». Une fois le geste effectué, Youri félicite son garçon avant de lui proposer autre chose. Dans des moments d’angoisse, Youri peut emmener Ousman d’un bout à l’autre du lieu, multipliant les débuts d’activités de façon intense et répétée. Bien souvent, ce mouvement de Youri vient en réponse aux cris de son enfant qu’il traduit comme un refus de jouer à tel jeu. Peu à peu, Youri a accepté aux professionnels et parents présents d’interagir avec son fils.
Les mots s’équivalent et ne peuvent avoir une signification une fois pour toute, c’est ce que ce père transmet à son fils, qui est un prolongement de lui-même. Les interventions de ce père sont donc teintées de cette façon très singulière de faire avec le langage, qui n’est pas pris dans le discours établi. La question de l’équipe est « comment le désir peut naître chez l’enfant, si son père dit et fait pour lui ? » ; Au fil des accueils, ce père s’appuie sur l’équipe et les autres parents pour border cette jouissance et lui permettre de se distancier de son garçon. Pour l’équipe, il s’agissait de laisser une place à l’enfant, sans mettre à mal ce père, très fragile.

Deuxième vignette

Avec Juanita, Stéphanie Tessier fait le choix de se rendre disponible chaque fois qu’elle se sent très mal, car son rapport à l’Autre est désespéré. Elle vient trouver asile dans son bureau, en courant, dès qu’elle se sent persécutée.
La mère de Juanita laisse ses propres parents l’élever pour faire sa vie, jusqu’ aux 11 ans de Juanita. La grand-mère qui n’a pas laissé de place au manque et Juanita ne peut se séparer d’elle. La mort de cette femme vient mettre à jour la psychose de Juanita. Ce vide auquel elle est confrontée, Juanita y répond d’abord par l’épilepsie. Rapidement, la jouissance localisée sur le corps se déplacera sur l’Autre. Sa mère enceinte et les attouchements d’un voisin précipite la jeune fille dans un gouffre qui laisse apparaître la persécution d’un Autre jouisseur : l’autre masculin la viole, la touche et l’autre féminin l’injurie, lui veut du mal. Le passage à l’acte est l’ultime recours pour barrer la jouissance de l’Autre. ( « Autisme et paranoïa » C. Soler, l’Autisme, Bulletin de la petite enfance n°10: janvier 1997)
« C’est lui ou moi ». C’est ainsi que Juanita décrit tous ses passages à l’acte.
A 18 ans, elle quitte le CHS, alors qu’elle n’a aucun autre hébergement, elle erre. Elle veut qu’on lui « fasse une piqûre dans le cul, pour qu’elle crève comme un chien ». Elle me téléphone, elle est seule dans la rue, je la ramène dans l’institution.
Juanita se propose comme objet de jouissance, dans son érotomanie. Une érotomanie (« Autisme et paranoïa » C. Soler, l’Autisme, Bulletin de la petite enfance n°10: janvier 1997) qui se déploie sur les 2 thérapeutes, les infirmiers de psychiatrie et les patients. Elle m’interpelle avec insistance le jour de la Saint-Valentin, afin que je n’oublie pas cette date. Elle a croisé une femme qui a un pantalon comme le mien, mais transparent au point de voir ses fesses. Elle a la certitude que je sais à quoi elle pense, puis chante : « Mme Dagobert, string devant derrière et le vent a soufflé et il voit ce qu’il ne devait pas voir, la choupette ». Une attitude de grande prudence est observée pour ma part. Je parle peu. Une réunion clinique a lieu avec l’équipe de psychiatrie.
Au départ, l’angoisse de l’équipe face aux provocations sexuelles de cette jeune fille, face à son langage teinté d’analité, m’a amené à reprendre régulièrement la position de Juanita, afin qu’elle ne soit pas malmenée. Devenir persécuteur à notre tour était inévitable, si nous continuions à intervenir sur un mode éducatif. L’équipe a fait un pas de côté : le langage a pris le pas sur les injonctions. Juana est arrivée à traduire la montée de son angoisse par les mots. Elle a le projet d’aller travailler dans un CAT, dans l’activité qui lui plaît et où elle pourra avoir un logement.

 

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